Jean Prouvé ne se réclamait pas d’un classicisme
historique, n’ayant reçu de formation Beaux-Arts, même qu’au vu de
certaines de ses réalisations il
pourrait être défini d’anti classique, cependant il connaissait le classicisme
par son père tant en peinture et sculpture qu’en architecture. Durant son
enfance, son adolescence, durant son apprentissage à Paris, il allait les yeux
ouverts sur le monde, avec le plus grand intérêt pour ce qu’il voyait. Aussi il
connaissait très tôt les architectes nancéens et parisiens.
Son classicisme à lui tenait dans les
proportions, celles de ses grilles et portes, celles de ses dossiers de
fauteuils par exemple. Les proportions sont d’un grand élancement au point que
Le Corbusier pensais pouvoir dire que les panneaux de façades étaient tracés
selon le Modulor (JP cit.). On pourrait même dire que, chez Jean Prouvé, les proportions
du Modulor étaient outre passées dans la verticalité, et en cela très proche du
dessin de Perret. (voir l’hommage de Jean Pprouvé à Auguste Perret à son décès).
Ce que Jean Prouvé devait contester dans le
classicisme, c’était ce qu’il véhiculait en tradition, c’était l’inhérente
statique, l’immuabilité inscrite, la stabilité d’ailleurs essentielle à
l’architecture, celle-ci étant depuis plusieurs siècles déterminée par l’Ecole
française des Beaux-Arts et pour le monde entier.
Cette contestation, la nature de cette
contestation de Jean Prouvé à l’encontre du classicisme considère la stabilité à
laquelle il oppose une mobilité qui sera essentiellement inscrite dans ses
réalisations. Lorsqu’il dit ne pas voir de différence entre le dessin d’un
meuble et celui d’une architecture, Jean Prouvé exprime toute la profondeur de sa vérité
sur la mobilité de l’un et l’attendue mobilité de l’autre, même si cette
analogie a toujours été perçue –et même par lui- dans un entendement
conceptuel, de dessin, de logique technologique et de production. Ce point de
vue peut expliquer l’importance pour lui du dessin de meuble, de la place
importante et permanente au fil du temps de la création de meubles. Ce sont les
meubles Ecole de Nancy dans lesquels il a grandi, dont il a connu les
créateurs, qui ont grandement déterminé son œuvre, ces créateurs de mobiliers
qu’il retrouvera ultérieurement à l’UAM
-Union des Artistes Modernes- et dans l’ensemble du Mouvement Moderne. Le meuble étant d’ailleurs le seul
domaine à caractère architectural, rien que du fait de son ordre de grandeur, à
pouvoir être produit industriellement. Dans cette prise en compte de l’ordre de
grandeur, il y avait une progression entre les vases en production industrielle
de Gallé –produire du beau pour le plus grand nombre- et les meubles de l’Ecole
de Nancy, l’idée de production industrielle étant impensable en ce temps pour
un objet de grandeur spatiale et architecturale. Toutefois avoir pensé la
possible industrialisation d’un ensemble architectural partant de l’exemple de
l’automobile, et finalement d’avoir réalisé diverses formes ou versions de
l’industrialisation de l’architecture, donnera à Jean Prouvé une grande longueur
d’avance dans la modernité, au point que son avant-gardisme pourrait être
justifiée rien que part cet aspect.
(
JP : il faut que l’architecte
dépouille sa carcasse de la formation classique.
In
C.Enjolras p.199)