vendredi 26 juillet 2013

du bien fondé de l'écriture d'une introduction à l'oeuvre de Jean Prouvé



 
Beaucoup de livres ont contribués à retracer la vie et l’œuvre de Jean Prouvé ces quarante dernières années, parutions souvent en accompagnement d’expositions. La publication la plus imposante est sans doute cette présentation de l’œuvre en quatre tomes, pour ainsi dire exhaustive, par le Professeur Sulzer de l’Université de Stuttgart. Lors de ma rencontre avec le Professeur Sulzer, nous avions en commun  un lien à Jean Prouvé, et, à une génération d’écart, nous avions les mêmes parcours et intérêts c’est-à-dire une approche très constructive de l’architecture et une extension de cette conception vers l’industrialisation de la production du bâtiment. Peter Sulzer, étudiant à Karlsruhe chez Egon Eiermann, avait fait la connaissance de Jean Prouvé à Paris vers la fin des années 1950 dans les Ateliers Goumy.   Jean Prouvé, après son départ de Maxéville s’associa avec Goumy et quelques amis dont Michel Bataille pour créer les Ateliers de Construction Jean Prouvé.  Peter Sulzer ne pouvant y faire de stage s’inscrivit aux Beaux-Arts, sans doute sur les conseils de Jean Prouvé, dans l’Atelier d’Eugène Beaudouin. Pour ma part j’avais invité Jean Prouvé dans mon jury de diplôme en 1976 à l’Ecole d’Architecture de Strasbourg alors que mon mémoire portait sur la construction et l’industrialisation de la production architecturale. Dès mon arrivé à l’Institut du Professeur Sulzer à Stuttgart nous avions convenu d’aller voir Jean Prouvé à Nancy et faire, à l’occasion de son 80ème anniversaire, une publication commémorative dans les revues d’architecture allemandes. Notre rencontre avec Jean Prouvé dans sa maison de Nancy fut heureuse, mais nous n’étions pas les premiers à y venir pour la circonstance. Des architectes et enseignants hollandais avaient une bonne longueur d’avance, leur projet en cours étant de réaliser une exposition et un catalogue en vue de la remise à Jean Prouvé du Prix Erasme pour le Design et pour l’ensemble de son œuvre,   l’exposition devant se tenir au Musée Boymans van Beuningen de Rotterdam en 1981. Sur le chemin du retour vers Stuttgart nous échafaudions un concept de projet de recherche, qui, présenté à l’Association des Ingénieurs Allemands –VDI- fut  bien reçu et le contrat de recherche fut étendu sur plus de 3 années. La mission à remplir selon les termes de ce contrat était l’établissement de l’œuvre de Jean Prouvé dans son ensemble et dans les détails. Il résultera de cet inventaire la publication de l’œuvre en quatre tomes que le Professeur Sulzer met en chantier dès le début des années 1990, pour achever le tome 1 en 1996. Alors que par avant j’étais chargé de recherche pour l’établissement de l’inventaire, je n’ai pas, selon mon souhait, participé à la publication.
Le catalogue de Rotterdam fut présenté le 9 octobre 1981 pour l’ouverture de l’exposition. L’année suivante la même exposition sera présentée en Lorraine, Pont-à-Mousson, à l’initiative de Jack Lang alors Ministre de la Culture et ami de Jean Prouvé, et il s’ensuivra une présentation à Paris, à l’IFA, la même année. Pour les deux étapes françaises de l’exposition ce sera le catalogue de Rotterdam, les instances françaises étant vraiment prise de court, tant historiquement quant à Jean Prouvé, -presque tombé dans l’oubli après la tourmente levée par le concours d’architecture Plateau Beaubourg-Centre Pompidou, la présidence du jury ayant été confiée à Jean Prouvé- que prises de court pour réagir et commémorer. Il est certain qu’à Nancy et à Paris la surprise fut grande, et l’initiative des hollandais, d’autant que couverte de grands moyens, était gênante. For heureusement le catalogue était non seulement très bien conçu mais encore bilingue français-anglais. Relevons qu’après l’annonce des honneurs venus de l’étranger, et  suite à l’empressement de Jack Lang et du gouvernement de gauche à reconnaître la grande valeur et à consacrer Jean Prouvé, celui-ci se voit attribuer le Grand Prix d’Architecture de la Ville de Paris sur proposition de l’architecte Louis Arretche, alors que, peu après, il lui sera décerné  la Médaille d’Or du RIBA sur proposition de Norman Foster, des récupérations aussi distinctes que tardives par définition. 

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