Beaucoup de livres ont contribués à retracer
la vie et l’œuvre de Jean Prouvé ces quarante dernières années, parutions
souvent en accompagnement d’expositions. La publication la plus imposante est
sans doute cette présentation de l’œuvre en quatre tomes, pour ainsi dire
exhaustive, par le Professeur Sulzer de l’Université de Stuttgart. Lors de ma
rencontre avec le Professeur Sulzer, nous avions en commun un lien à Jean Prouvé, et, à une génération
d’écart, nous avions les mêmes parcours et intérêts c’est-à-dire une approche
très constructive de l’architecture et une extension de cette conception vers
l’industrialisation de la production du bâtiment. Peter Sulzer, étudiant à
Karlsruhe chez Egon Eiermann, avait fait la connaissance de Jean Prouvé à Paris
vers la fin des années 1950 dans les Ateliers Goumy. Jean Prouvé, après son départ de Maxéville
s’associa avec Goumy et quelques amis dont Michel Bataille pour créer les Ateliers
de Construction Jean Prouvé. Peter
Sulzer ne pouvant y faire de stage s’inscrivit aux Beaux-Arts, sans doute sur
les conseils de Jean Prouvé, dans l’Atelier d’Eugène Beaudouin. Pour ma part
j’avais invité Jean Prouvé dans mon jury de diplôme en 1976 à l’Ecole
d’Architecture de Strasbourg alors que mon mémoire portait sur la construction
et l’industrialisation de la production architecturale. Dès mon arrivé à l’Institut
du Professeur Sulzer à Stuttgart nous avions convenu d’aller voir Jean Prouvé à
Nancy et faire, à l’occasion de son 80ème anniversaire, une
publication commémorative dans les revues d’architecture allemandes. Notre
rencontre avec Jean Prouvé dans sa maison de Nancy fut heureuse, mais nous
n’étions pas les premiers à y venir pour la circonstance. Des architectes et
enseignants hollandais avaient une bonne longueur d’avance, leur projet en
cours étant de réaliser une exposition et un catalogue en vue de la remise à
Jean Prouvé du Prix Erasme pour le Design et pour l’ensemble de son œuvre, l’exposition devant se tenir au Musée Boymans
van Beuningen de Rotterdam en 1981. Sur le chemin du retour vers Stuttgart nous
échafaudions un concept de projet de recherche, qui, présenté à l’Association
des Ingénieurs Allemands –VDI- fut bien reçu et le contrat de recherche fut étendu
sur plus de 3 années. La mission à remplir selon les termes de ce contrat était
l’établissement de l’œuvre de Jean Prouvé dans son ensemble et dans les
détails. Il résultera de cet inventaire la publication de l’œuvre en quatre
tomes que le Professeur Sulzer met en chantier dès le début des années 1990, pour
achever le tome 1 en 1996. Alors que par avant j’étais chargé de recherche pour
l’établissement de l’inventaire, je n’ai pas, selon mon souhait, participé à la
publication.
Le catalogue de Rotterdam fut présenté le 9
octobre 1981 pour l’ouverture de l’exposition. L’année suivante la même exposition
sera présentée en Lorraine, Pont-à-Mousson, à l’initiative de Jack Lang alors
Ministre de la Culture
et ami de Jean Prouvé, et il s’ensuivra une présentation à Paris, à l’IFA, la
même année. Pour les deux étapes françaises de l’exposition ce sera le
catalogue de Rotterdam, les instances françaises étant vraiment prise de court,
tant historiquement quant à Jean Prouvé, -presque tombé dans l’oubli après la
tourmente levée par le concours d’architecture Plateau Beaubourg-Centre Pompidou,
la présidence du jury ayant été confiée à Jean Prouvé- que prises de court pour
réagir et commémorer. Il est certain qu’à Nancy et à Paris la surprise fut
grande, et l’initiative des hollandais, d’autant que couverte de grands moyens,
était gênante. For heureusement le catalogue était non seulement très bien
conçu mais encore bilingue français-anglais. Relevons qu’après l’annonce des
honneurs venus de l’étranger, et suite à
l’empressement de Jack Lang et du gouvernement de gauche à reconnaître la
grande valeur et à consacrer Jean Prouvé, celui-ci se voit attribuer le Grand Prix
d’Architecture de la Ville
de Paris sur proposition de l’architecte Louis Arretche, alors que, peu après,
il lui sera décerné la Médaille d’Or du RIBA sur
proposition de Norman Foster, des récupérations aussi distinctes que tardives
par définition.
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