vendredi 26 juillet 2013

Jean Prouvé et le Classicisme




Jean Prouvé ne se réclamait pas d’un classicisme historique, n’ayant reçu de formation Beaux-Arts, même qu’au vu de certaines  de ses réalisations il pourrait être défini d’anti classique, cependant il connaissait le classicisme par son père tant en peinture et sculpture qu’en architecture. Durant son enfance, son adolescence, durant son apprentissage à Paris, il allait les yeux ouverts sur le monde, avec le plus grand intérêt pour ce qu’il voyait. Aussi il connaissait très tôt les architectes nancéens et parisiens.
Son classicisme à lui tenait dans les proportions, celles de ses grilles et portes, celles de ses dossiers de fauteuils par exemple. Les proportions sont d’un grand élancement au point que Le Corbusier pensais pouvoir dire que les panneaux de façades étaient tracés selon le Modulor (JP cit.). On pourrait même dire que, chez Jean Prouvé, les proportions du Modulor étaient outre passées dans la verticalité, et en cela très proche du dessin de Perret.  (voir l’hommage de Jean Pprouvé à Auguste Perret à son décès).
Ce que Jean Prouvé devait contester dans le classicisme, c’était ce qu’il véhiculait en tradition, c’était l’inhérente statique, l’immuabilité inscrite, la stabilité d’ailleurs essentielle à l’architecture, celle-ci étant depuis plusieurs siècles déterminée par l’Ecole française des Beaux-Arts et pour le monde entier.
Cette contestation, la nature de cette contestation de Jean Prouvé à l’encontre du classicisme considère la stabilité à laquelle il oppose une mobilité qui sera essentiellement inscrite dans ses réalisations. Lorsqu’il dit ne pas voir de différence entre le dessin d’un meuble et celui d’une architecture, Jean Prouvé exprime toute la profondeur de sa vérité sur la mobilité de l’un et l’attendue mobilité de l’autre, même si cette analogie a toujours été perçue –et même par lui- dans un entendement conceptuel, de dessin, de logique technologique et de production. Ce point de vue peut expliquer l’importance pour lui du dessin de meuble, de la place importante et permanente au fil du temps de la création de meubles. Ce sont les meubles Ecole de Nancy dans lesquels il a grandi, dont il a connu les créateurs, qui ont grandement déterminé son œuvre, ces créateurs de mobiliers qu’il retrouvera ultérieurement  à l’UAM -Union des Artistes Modernes- et dans l’ensemble du Mouvement Moderne. Le meuble étant d’ailleurs le seul domaine à caractère architectural, rien que du fait de son ordre de grandeur, à pouvoir être produit industriellement. Dans cette prise en compte de l’ordre de grandeur, il y avait une progression entre les vases en production industrielle de Gallé –produire du beau pour le plus grand nombre- et les meubles de l’Ecole de Nancy, l’idée de production industrielle étant impensable en ce temps pour un objet de grandeur spatiale et architecturale. Toutefois avoir pensé la possible industrialisation d’un ensemble architectural partant de l’exemple de l’automobile, et finalement d’avoir réalisé diverses formes ou versions de l’industrialisation de l’architecture, donnera à Jean Prouvé une grande longueur d’avance dans la modernité, au point que son avant-gardisme pourrait être justifiée rien que part cet aspect.

( JP : il faut que l’architecte dépouille sa carcasse de la formation classique.
In C.Enjolras p.199)  



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