vendredi 26 juillet 2013

autour de 1900




 
De ce temps autour de 1900, nous retiendrons  le message du père, Victor Prouvé, et de ce qui émane de l’Ecole de Nancy ; nous saurons établir le lien existant entre Victor Prouvé et le ferronnier d’art Emile Robert, ami de Victor, qui prendra Jean en apprentissage. Nous saurons reconnaître l’importance culturelle internationale, le rayonnement  de Vienne  autour de 1900, du rapport certain entre l’Ecole de Nancy et  l’exemplarité de la Sécession viennoise et des Wiener Werkstätten.  Bien évidemment il nous faut citer l’Exposition Universelle de Paris en 1900, exposition qui, en son jury, reçoit Otto Wagner le grand architecte autrichien (1841-1918), père spirituel, sinon le fondateur de la Sécession viennoise. En 1901, à l’issue de l’Exposition Universelle, Otto Wagner sera élevé au grade d’Officier de la Légion d’Honneur. On peut admettre que Jean recevra les premiers enseignements de son père entre 1905 et 1910, qu’il comprendra très rapidement l’importance de son parrain Emile Gallé -décédé alors que Jean n’avait que trois ans- et que les mythiques récits sur  la grandeur et les vertus de Gallé l’accompagneront de longues années encore. De même, il est incontestable qu’il n’ait été question de Gustav Klimt (1862-1918), de son prestige, de ses expositions et projets toujours plus ou moins liés à la Sécession, de la frise Beethoven pour le Palais Stoclet de Bruxelles dessiné par l’architecte  Josef Hoffmann et de ses amis de la Sécession ; ce sera une oeuvre d’art totale
–Gesamtkunstwerk- qui influencera de nombreux architectes tant belges que du reste de l’Europe. Bien probable que les villas de Robert Mallet-Stevens et du jeune Ch. Edouard Jeanneret, de F. L. Wright aussi, soient influencées par le Palais Stoclet et la Sécession viennoise, les historiens lui reconnaissant une grande influence sur l’Art Nouveau bruxellois, sur l’Art Déco en vue et sur le Modernisme.

Si les divers courants de l’Art Nouveau ont été excessifs dans le décor, la Sécession cultivait la dorure et l’expression du raffinement de richesse en surcharge car essentiellement son dessin tendait à plus de géométrisation des formes et cela jusque dans l’ornement.  La contre offensive radicale viendra de l’architecte viennois Adolf Loos (1870 -1933). Le voyage aux Etats-Unis d’Amérique de 1892 à 1896, suivi au retour d’un court séjour à Londres puis à Paris, marquent profondément A. Loos. Il aura visité l’Exposition Universelle de Chicago en 1893, séjourne principalement à Philadelphie, la ville des Quakers, note que le retour de l’Art Grec au 19ème siècle deviendra l’architecture nationale des Etats-Unis, et relève que chez les Grecs, comme chez les Anglais, prime ce qui est utile et pratique ; il en déduira  pour sa propre gouverne que ce qui est pratique est beau. - das Praktische ist schön-. En réaction aux outrances décoratives de la Sécession, il écrira Ornement et crime, un essai qui contient dans une forme littéraire et condensée l’entier enseignement d’Adolf Loos. Pour lui l’objet sera de forme simple et de surface lisse, sans ornement et justifié par la fonction. Tout comme les sécessionnistes, Loos retiendra l’écriture architecturale par le mur, mais à la différence avec ces derniers il n’y voit ni ornement ni modénature structurante rapportée sur la surface, par contre et à la différence des sécessionnistes, Loos reconduit les ordres classiques du 19ème siècle, non pas les ordres étudiés à l’Académie, mais ceux rapportés dans sa mémoire depuis les Etats-Unis. Il les modernisera certes, les redessinera à sa façon –et comme plus tard Auguste Perret- dans une radicalité géométrisante, en corps simples, lisses, de marbre et de préférence noir et à cannelures strictes. Il n’intègre pas les ordres dans un rapport au mur, mais créera une monumentalité très élaborée dans une contradiction d’échelles, le grand ordre écrasant l’échelle humaine de la porte ou du passage –recette qui rendra d’immenses services à Albert Speer dès 1934- ;  aussi il distinguera deux parties dans le même projet, généralement un rez-de-chaussée classique et monumental surhaussé de niveaux en un volume et sans distinction d’étages par une quelconque modénature. Les maisons dessinées par Loos entre 1910 et 1913, lorsqu’elles n’ont de traits classicistes, rien qu’en volumes simples de murs et de baies, ont de 10 à 15 ans d’avance sur l’architecture du Mouvement Moderne. Il est possible d’affirmer que Loos ait assuré une transition entre la période ante-Moderne d’avant les années 1920  vers  celle du Réalisme Socialiste des années 30, la première postmodernité, produisant une architecture aux ordres géométriques et simplifiés, aussi rabotés par la doctrine du fonctionnalisme que marqués par la mise en forme du Mouvement Moderne.
Dans le numéro 2-1903 de sa revue Das Andere  (Autrement), Adolf Loos payait son trait culturel notamment avec la pub de la Société Franco-Autrichienne pour les arts industriels, société créée à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1900 et sans doute sous l’impulsion d’Otto Wagner,  publicité présentant à l’Autriche en plus des tapis anglais et français, des gobelins authentiques et imités, finalement pour Loos du plus détestable. 

Evoquons au passage l’exposition  Vienne 1880-1938 : Naissance d’un siècle  au Centre Pompidou en 1986.


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