De ce temps autour de 1900, nous retiendrons
le message du père, Victor Prouvé, et de ce
qui émane de l’Ecole de Nancy ; nous saurons établir le lien existant
entre Victor Prouvé et le ferronnier d’art Emile Robert, ami de Victor, qui
prendra Jean en apprentissage. Nous saurons reconnaître l’importance culturelle
internationale, le rayonnement de
Vienne autour de 1900, du rapport certain
entre l’Ecole de Nancy et l’exemplarité
de la Sécession
viennoise et des Wiener Werkstätten.
Bien évidemment il nous faut citer l’Exposition Universelle de Paris en
1900, exposition qui, en son jury, reçoit Otto Wagner le grand architecte
autrichien (1841-1918), père spirituel, sinon le fondateur de la Sécession viennoise. En
1901, à l’issue de l’Exposition Universelle, Otto Wagner sera élevé au grade
d’Officier de la Légion
d’Honneur. On peut admettre que Jean recevra les premiers enseignements de son
père entre 1905 et 1910, qu’il comprendra très rapidement l’importance de son
parrain Emile Gallé -décédé alors que Jean n’avait que trois ans- et que les
mythiques récits sur la grandeur et les
vertus de Gallé l’accompagneront de longues années encore. De même, il est incontestable
qu’il n’ait été question de Gustav Klimt (1862-1918), de son prestige, de ses
expositions et projets toujours plus ou moins liés à la Sécession, de la frise
Beethoven pour le Palais Stoclet de Bruxelles dessiné par l’architecte Josef Hoffmann et de ses amis de la Sécession ; ce sera
une
oeuvre d’art totale
–Gesamtkunstwerk- qui influencera de
nombreux architectes tant belges que du reste de l’Europe. Bien probable que
les villas de Robert Mallet-Stevens et du jeune Ch. Edouard Jeanneret, de F. L.
Wright aussi, soient influencées par le Palais Stoclet et la Sécession viennoise, les
historiens lui reconnaissant une grande influence sur l’Art Nouveau bruxellois,
sur l’Art Déco en vue et sur le Modernisme.
Si les divers courants de l’Art Nouveau ont
été excessifs dans le décor, la
Sécession cultivait la dorure et l’expression du raffinement
de richesse en surcharge car essentiellement son dessin tendait à plus de
géométrisation des formes et cela jusque dans l’ornement. La contre offensive radicale viendra de
l’architecte viennois Adolf Loos (1870 -1933). Le voyage aux Etats-Unis
d’Amérique de 1892 à 1896, suivi au retour d’un court séjour à Londres puis à
Paris, marquent profondément A. Loos. Il aura visité l’Exposition Universelle
de Chicago en 1893, séjourne principalement à Philadelphie, la ville des
Quakers, note que le retour de l’Art Grec au 19ème siècle deviendra
l’architecture nationale des Etats-Unis, et relève que chez les Grecs, comme
chez les Anglais, prime ce qui est utile et pratique ; il en déduira pour sa propre gouverne que ce qui est
pratique est beau. - das Praktische ist schön-. En
réaction aux outrances décoratives de la Sécession, il écrira Ornement et crime, un
essai qui contient dans une forme littéraire et condensée l’entier enseignement
d’Adolf Loos. Pour lui l’objet sera de forme simple et de surface lisse, sans
ornement et justifié par la fonction. Tout comme les sécessionnistes, Loos
retiendra l’écriture architecturale par le mur, mais à la différence avec ces
derniers il n’y voit ni ornement ni modénature structurante rapportée sur la
surface, par contre et à la différence des sécessionnistes, Loos reconduit les
ordres classiques du 19ème siècle, non pas les ordres étudiés à
l’Académie, mais ceux rapportés dans sa mémoire depuis les Etats-Unis. Il les
modernisera certes, les redessinera à sa façon –et comme plus tard Auguste
Perret- dans une radicalité géométrisante, en corps simples, lisses, de marbre
et de préférence noir et à cannelures strictes. Il n’intègre pas les ordres
dans un rapport au mur, mais créera une monumentalité très élaborée dans une
contradiction d’échelles, le grand ordre écrasant l’échelle humaine de la porte
ou du passage –recette qui rendra d’immenses services à Albert Speer dès
1934- ; aussi il distinguera deux
parties dans le même projet, généralement un rez-de-chaussée classique et
monumental surhaussé de niveaux en un volume et sans distinction d’étages par
une quelconque modénature. Les maisons dessinées par Loos entre 1910 et 1913,
lorsqu’elles n’ont de traits classicistes, rien qu’en volumes simples de murs
et de baies, ont de 10 à 15 ans d’avance sur l’architecture du Mouvement
Moderne. Il est possible d’affirmer que Loos ait assuré une transition entre la
période ante-Moderne d’avant les années 1920
vers celle du Réalisme Socialiste
des années 30, la première postmodernité, produisant une architecture aux
ordres géométriques et simplifiés, aussi rabotés par la doctrine du
fonctionnalisme que marqués par la mise en forme du Mouvement Moderne.
Dans le numéro 2-1903 de sa revue Das
Andere (Autrement), Adolf Loos
payait son trait culturel notamment avec la pub de la Société Franco-Autrichienne pour les arts industriels, société créée à l’occasion de
l’Exposition Universelle de 1900 et sans doute sous l’impulsion d’Otto
Wagner, publicité présentant à
l’Autriche en plus des tapis anglais et français, des gobelins authentiques et
imités, finalement pour Loos du plus détestable.
Evoquons au passage l’exposition Vienne 1880-1938 : Naissance d’un
siècle au Centre Pompidou en
1986.
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